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• LE MONDE | 06.03.03 | 13h29


Entretien avec Alain Minc, président du conseil de surveillance du "Monde"

Quelle philosophie appliquez-vous au conseil de surveillance du Monde ? est-elle différente de celle qui prévaut dans d'autres conseils ?

L'organisation adoptée en 1994, lors du sauvetage du Monde, se fondait sur quatre principes :

- un actionnariat mêlant des actionnaires internes (52 %), dont au premier chef la Société des rédacteurs, et externes (48 %) ;

- des actionnaires externes, apporteurs d'argent, dont les participations sont émiettées afin d'éviter une mainmise de l'un d'entre eux ;

- un conseil de surveillance à l'allemande, donc paritaire entre représentants des actionnaires internes et externes ;

- une indépendance rédactionnelle totale garantie par le conseil. Ces principes ont été scrupuleusement respectés depuis huit ans.

Il est évident que la présence, autour de la table, de toutes les parties prenantes à la vie du journal conduit à une implication plus grande que dans toute autre entreprise et à une transparence extrême. Le conseil est amené à se prononcer sur tous les choix du groupe, à l'exception des décisions rédactionnelles, qui ne sont pas de son ressort.

Vous avez été ou vous êtes membre d'autres conseils de surveillance ou d'administration. Considérez-vous que le conseil de surveillance du Monde est mieux, aussi bien ou moins bien informé que d'autres conseils ?

Compte tenu de sa représentativité, et en particulier de la présence de représentants des actionnaires salariés, le conseil a abordé plus en profondeur toutes les questions relatives à la vie du journal qu'un conseil classique. Nous étions, de ce point de vue, en avance sur les règles nouvelles de gouvernance qui s'imposent désormais à tous.

Les réunions du conseil donnent-elles lieu à des discussions approfondies et contradictoires sur la situation du Monde et sa stratégie ?

Outre les réunions du conseil (quatre à six par an), nous réunissons chaque année en séminaire les présidents des sociétés actionnaires internes et externes afin d'examiner le plan à cinq ans, la stratégie de chaque filiale et de la maison-mère, les projets de développement.

Si nos décisions, en conseil ou en séminaire, ont toujours été prises à l'unanimité ou à la quasi-unanimité, elles donnent lieu en amont à des débats approfondis. Enfin, dans ma fonction de président, je suis, de manière permanente, la vie de l'entreprise.

Comment sont établis et contrôlés les comptes du Monde ?

Dans la perspective de l'introduction en Bourse, nous avons renforcé le collège des commissaires en choisissant deux grands cabinets internationaux, qui font naturellement rapport au conseil. Nous avons, de surcroît, toujours demandé sur les questions de règles comptables le conseil du cabinet Ricol et Lasteyrie -René Ricol est l'actuel président de l'IFAC, organisation mondiale des experts-comptables.

Nous recevons, par ailleurs, chaque mois un tableau de bord précis sur la diffusion, les recettes et les dépenses. Je ne connais aucune entreprise de presse aussi sourcilleuse que nous en matière de comptabilité. Et, de manière plus générale, nous essayons de situer cette information au même niveau que dans les grandes entreprises cotées.

Comment est fixée la rémunération de Jean-Marie Colombani ?

La rémunération des membres du directoire - Jean-Marie Colombani, Dominique Alduy et Noël-Jean Bergeroux - fait l'objet d'une proposition de la commission des mandataires sociaux, que je préside et dont sont membres Michel Noblecourt, président de la Société des rédacteurs, et Etienne Pflimlin, président du Monde Entreprises (premier actionnaire externe avec la Société des lecteurs).

Cette proposition est ensuite approuvée par le conseil de surveillance. Il est à noter que les rémunérations ne s'accompagnent d'aucun élément annexe, tel qu'une indemnité de logement.

Existe-t-il un comité d'éthique ?

Dans un journal, les questions d'éthique sont essentiellement rédactionnelles. Elles relèvent donc des institutions de la rédaction, et non du conseil de surveillance, qui, je vous le rappelle, s'est interdit toute intervention sur ce plan-là.

Comment conciliez-vous votre position de président du conseil de surveillance du Monde et votre travail auprès des entreprises qui sont clientes de votre société de conseil ?

Ma conception de la vie suppose d'exercer, en dehors de mon activité professionnelle, des responsabilités d'intérêt général. C'est dans cet esprit, bénévole et militant, que j'ai toujours considéré, depuis 1985, mes fonctions au Monde. Lorsqu'il a fallu lever des fonds propres pour Le Monde, en 1994 afin de le sauver de la faillite et en 2002 afin de financer sainement son développement, ma familiarité avec les acteurs économiques, qu'ils soient ou non mes clients, a été, à l'évidence, utile. Les actionnaires ainsi réunis autour du Monde ont-ils été mieux traités dans les colonnes du Monde ? L'esprit d'indépendance et le réflexe frondeur propres aux journalistes ont parfois abouti à l'inverse, et j'ai souvent eu à faire assaut de pédagogie afin d'expliquer à mes interlocuteurs du monde économique que c'est là un des traits de notre Monde...

Propos recueillis par Claire Blandin


La hausse des ventes et la baisse de la publicité

En France, ventes et abonnements ont atteint 358 978 exemplaires en 2001, année record dépassant 1979 (353 915 exemplaires), selon Diffusion Contrôle-OJD.

La diffusion payée totale (France et étranger) s'est élevée à 405 983 exemplaires en 2001, contre 440 360 en 1979, année record pour les ventes du Monde.

A l'étranger, les ventes ont été marquées, durant les années 1980, par une forte chute : elles sont passées de 86 445 exemplaires en 1979 à 46 118 en 1991. Ce recul s'explique, en partie, par le contingentement imposé par l'Algérie en 1984 : les ventes quotidiennes, de l'ordre de 26 000 exemplaires, ont été limitées à 11 000.

Les ventes au numéro payées par chaque acheteur individuel (France et étranger) ont régressé de 236 134 exemplaires en 1995 à 213 014 en 2001, soit une perte de 23 120. Sur la même période, les ventes au numéro payées par des tiers, les "grands comptes" (compagnies aériennes, salons, expositions, ventes aux autres éditeurs, etc.), ont progressé de 24 827 à 50 070, soit un gain de 25 243.

Les abonnements, qui traduisent la fidélité d'un lectorat, ont, eux, progressé de 35 004 exemplaires en passant, entre 1995 et 2001, de 107 895 à 142 899, chiffre record dans l'histoire du Monde.

La publicité, dès 1946, dépasse 30 % du chiffre d'affaires du Monde. De 1964 à 1976, cette part est supérieure à 50 %. Elle atteint 58 % en 1969 et 59 % en 1970. En 1985, les recettes publicitaires représentent 42 % du chiffre d'affaires total. Depuis l'arrivée de Jean-Marie Colombani, elles ont atteint un maximum de 38 % du chiffre d'affaires en 2000, pour redescendre à 30 % en 2002.


Les membres du conseil de surveillance

Bruno Angles d'Auriac, délégué général du Groupe Médéric, président du Monde Prévoyance ;

Marie-Béatrice Baudet, vice-présidente de la Sociétédes rédacteurs du Monde ;

Jean-Louis Beffa, PDG de Saint-Gobain, président de Claude Bernard Participations ;

Marie-Josée Gallard, présidente de la Société des employés du Monde ;

Gérard Courtois, président de la Société des personnels du Monde ;

Giorgio Frasca, PDG de Fiat France, président du Monde Europe ;

Pascal Laurent, président de la Société des cadres du Monde ;

Pierre Lescure, président du Monde Presse ;

Marie-Thérèse Mathieu, vice-présidente de l'Association Hubert Beuve-Méry ;

Alain Minc, PDG d'AM Conseil, président de la Société des lecteurs ;

Michel Noblecourt, président de la Société des rédacteurs du Monde ;

Etienne Pflimlin, président du Crédit mutuel, président du Monde Entreprises ;

Pierre Richard, administrateur délégué de Dexia, président du Monde Investisseurs ;

François Soulage, PDG d'Esfin, président de l'Association Hubert Beuve-Méry.

Quatre membres du comité d'entreprise du Monde assistent à chaque réunion du conseil.


Le Fonds de placement des personnels

Pierre Péan et Philippe Cohen affirment (pages 214-215) que Le Monde a distribué, de façon "fort généreuse", "plus de 40 millions de francs aux salariés" dans le cadre de son plan d'épargne d'entreprise. Le chiffre est exact. En revanche, ils omettent une information essentielle : entre 1998 et 2002, le Fonds de placement des personnels du Monde a investi 32,8 millions de francs dans l'achat d'actions du Monde, soit 6,08 % du capital de l'entreprise. Loin de contribuer à la "crise financière" que traverserait Le Monde, l'épargne salariale a, au contraire, permis de renforcer ses fonds propres et de consolider la part de l'actionnariat salarié dans son capital (40,94 %), qui constitue l'une des garanties de son indépendance.

En outre, les auteurs affirment que ce dispositif d'épargne salariale "a suscité la réprobation de Pierre Richard -président du Monde Investisseurs- au sein du conseil de surveillance". C'est faux. Le plan d'épargne d'entreprise du Monde et les augmentations de capital auxquelles a souscrit le Fonds de placement des personnels ont été non seulement approuvées à l'unanimité par le conseil de surveillance, mais saluées par tous les actionnaires comme la démonstration que les salariés du Monde se mobilisaient, y compris financièrement, en faveur de son développement.

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 07.03.03

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