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Patrick Le Lay, pour TF1, vend du Coca light à Télérama.

    _ - Après avoir proposé une version « hard » (ou cynique) des missions de TF1 - Lire : Le Lay (TF1) vend " du temps de cerveau humain disponible " [1]-, Patrick Le Lay en propose une version « soft » dans l’hebdomadaire Télérama (n° 2852 - 9 septembre 2004).

    - Autour de cet exercice de transposition pédagogique du pareil au même, un (petit) tintamarre médiatique arrosé au Coca Cola. Une critique du média TF1 est ainsi transformée, délibérément ou pas, en produit médiatique. Raison suffisante, comme cela nous arrive souvent, d’observer le phénomène et de prendre notre temps.

    En attendant, des infos et quelques remarques. Profitez bien des liens : ils sont biodégradables en services payants.

Transposition pédagogique du pareil au même

Exercice : « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible  ».Vous commenterez cette phrase dans un hebdomadaire classé à gauche.

Réponse : « Entretien avec Patrick Le Lay, pdg de TF1 - "Je reconnais que cette formule était un peu caricaturale" », titre Télérama. Quelques extraits :

[...]

- Télérama : Dans quel cadre avez-vous prononcé cette phrase ?
- Patrick Le Lay : Ce n’était pas une interview officielle. Le Medef m’avait appelé en me disant : on interroge des dirigeants d’entreprise sur « Le changement et le mouvement ». Je ne me souviens plus précisément de cet entretien mais, comme souvent, j’ai dû parler deux heures à bâtons rompus et tenir ces propos pendant la conversation. Je ne reconnais cependant pas le métier de TF1 dans cette formule et je ne me retrouve pas dans les propos qu’on me prête : on me transforme en marchand de cerveaux !
- Télérama : Vous les avez pourtant bien tenus, ces propos ?
- Patrick Le Lay : Oui, sûrement. Je reconnais que cette formule était un peu caricaturale et étroite. Mais, encore une fois, c’était une conversation, et j’ai l’habitude de forcer le trait pour faire comprendre les concepts.
- Télérama : Comment reformuleriez-vous la phrase ?
- Patrick Le Lay : Le métier de TF1, c’est l’information et le programme (fiction, divertissement, sport, magazines de découverte). Nous sommes une grande chaîne populaire et familiale dont l’objectif est de plaire à un maximum de gens pour réaliser un maximum d’audience. Nous y réussissons d’ailleurs plutôt bien, puisque depuis quinze ans, chaque année, nous enregistrons entre 92 et 97 des 100 meilleures audiences. Evidemment, nous sommes une chaîne commerciale. Nous vivons de la publicité, mais ce sont nos clients qui mettent au point les spots que nous diffusons. En réalité, que vendons-nous réellement à nos clients ? Du temps d’antenne. La loi nous autorise à en vendre 10 %, avec un maximum de douze minutes de publicité par heure.
- Télérama : Vous vendez aussi une audience...
- Patrick Le Lay : La logique de TF1 est une logique de puissance. Nous vendons à nos clients une audience de masse, un nombre d’individus susceptibles de regarder un spot de publicité. Pour les annonceurs, le temps d’antenne ne représente rien d’autre que des « contacts clients ». De l’attention humaine. En particulier celle de la fameuse ménagère de moins de 50 ans, largement décisionnaire dans les achats de produits alimentaires, d’entretien ménager et de beauté.

Grand jeu concours : existe-t-il la moindre différence significative, style mis à part, entre Le Lay 2 et Le Lay 1. Un atout ? Relire : « Le Lay (TF1) vend " du temps de cerveau humain disponible " » « .

Un (petit) tintamarre médiatique arrosé au Coca Cola

Que signifie dès lors la découverte un peu tapageuse des évidences marchandes dont Patrick Le Lay est à la fois le propagandiste et le zélateur ? Quelques indices de ce que l’on peut provisoirement appeler un « léger malaise » ;-)

Télérama du 8 septembre 2004 consacre sa « Une » à ce que le sommaire appelle « L’affaire Le Lay ». Outre l’entretien « exclusif », on peut lire un édito outragé de Marc Jézégabel suivi d’un article de Weronika Zarachowicz - « On achète bien les cerveaux » -, ainsi que des déclarations de « personnalités de la politique, des médias et de la pub ». 13 pages tout compris, publicités incluses ! Dépêchez-vous : tout cela, mais pub en moins, est encore sur le site Télérama. A propos, puisqu’on en parle, comment oublier le dossier que Télérama consacrait au printemps dernier à la publicité et l’éditorial du même Jézégabel sur ce sujet ? Une version « ultralight » du discours de Le Lay ? Il faudra y revenir.

Comme il faudra revenir sur l’attitude du Monde qui la veille (du moins dans la région parisienne) de la parution de Télérama publiait un article de Daniel Psenny - « Patrick Le Lay s’explique dans "Télérama" sur ses propos controversé »s, qui semblait s’inquiéter de la rareté des réactions suscitées par les déclarations de Le Lay, omettant au passage de mentionner le silence de l’éditorialiste anonyme du Monde qui, pourtant, prête son encre à toutes les révoltes qu’il juge légitime. Et plus généralement, le silence de la rédaction du Monde [2].

Quant à Libération, commençons par constater que ce quotidien ne dispose pas d’un droit d’accès équivalent à celui du Monde sur LCI sous la forme de l’émission animée par Edwy Plenel (« Le Monde des idées »). Mais peut-être n’est ce pas la seule raison pour laquelle Libé se montre plus constant et plus incisif que son confrère dans l’information sur TF1. Du moins dans les pages « Médias ». Car les éditorialistes-maison, spécialistes de tout, semblent attendre encore un peu avant de se prononcer... Quoi qu’il en soit, dans Libération du 9 septembre, on peut lire un article intéressant - « Comment Le Lay a travaillé du cerveau » par Olivier Costemalle, Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts, qui fait suite à deux « Rebonds » : celui d’Edouard Launey - « TF1, Coca-Cola et neuromarketing », daté du 30 août 2004 et celui de Jacques Kirsner - « Trafic d’organe audiovisuel » daté du 1er septembre. A quoi il faut ajouter, deux interventions de Daniel Schneidermann : « TF1 et la résistance de la pluie », 27 août 2004, et « De vrais morceaux de courage à l’intérieur. Vite, ces liens ne sont pas encore biodégradés ! Ce qui n’est pas le cas du pastiche paru le 31 août : un courriel adressé par Le Lay au Pdg de Coca Cola, paru sous le titre « Les vendeurs de Coca misent sur le docudrama ». Sous titre : « La nouvelle grille de TF1, telle qu’elle aurait pu être présentée par son PDG ».

Nous verrons dans les jours qui viennent si le (petit) tintamarre médiatique n’est pas - comme une quelconque fausse agression dans le RER D - le résultat d’un effet d’aubaine, avec en ce cas : trois petits tours, un peu de bruit et puis s’en vont.

Si les médias en lutte contre la prostitution de leur activité s’éveillent, cela devrait s’entendre : ils appelleront à des actions de masse contre la concentration des médias et pour la réappropriation démocratique de TF1. Sinon, il faudra le faire sans eux. Et c’est le plus probable...

A suivre...

Yves Rebours


[1] Et un commentaire de ces déclarations : « Quand les cerveaux ne pensent pas à la pub, TF1 sort son revolver ».

[2] Sauf erreur, Le Monde s’était borné à publier le 17 juillet un article qui ,sous le titre « Repères » (le lien est biodégradé en service payant) s’abritait derrière des extraits d’un communiqué du Groupe 25 images et une (très judicieuse) tribune de Robert Guédiguian, publiée le 10 août sous le titre « Vive la télévision ! » (le lien correspondant est, lui, aussi commercialement biodégradé)


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